Le Syndrome de l'Ecociné

Publié le par Ashtray-girl



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"A l’occasion de la sortie en salles du dernier pamphlet écologiste, poétiquement baptisé Le Syndrome du Titanic, et signé par l’activiste number 1 en France, j’ai nommé Nicolas Hulot, j’ai jugé qu’il serait de bon ton – et très in pour le coup - de faire le point sur ce phénomène cinématographique qui ne cesse de gagner en ampleur: le film environnemental.

 

On va finir par le savoir. Nous, pauvres mortels résidant sur la planète Terre en perdition, allons droit dans le mur. Ou plutôt, nous risquons de couler corps et biens. C’est du moins l’annonce apocalyptique que relayent sans relâche depuis cinq ans environ divers cinéastes et autres documentaristes affolés, et ce n’est pas Le Syndrome du Titanic qui va les contredire. Oui, le monde court à sa perte. Oui, il faut changer nos habitudes. Oui, on peut encore stopper l’hémorragie. Oui, les gouvernements doivent prendre leurs décisions. Mais vous, petits spectateurs du dimanche, avez la responsabilité express de vous torturer l’esprit et de vous remettre en question, confortablement calés dans votre fauteuil. Gavés aux blockbusters, c’est votre devoir de conscience pour avoir pris trop de bon temps devant des films au coût en carbone faramineux. Adeptes du cinéma d’auteur, c’est l’accessoire ultime pour briller en société et alimenter les discussions passionnées qui n’aboutiront à rien. Cinéphiles en culottes courtes, c’est làNous resterons sur Terre l’occasion d’en prendre plein les mirettes et de rabattre le caquet de vos ignorants de parents par la suite. En bref, ce type de films s’adresse à tout le monde (et à personne) en même temps.

Pourtant, il est indéniable qu’il s’agit là d’un véritable phénomène de mode, a fortiori lorsqu’un Home de YAB est sponsorisé par Yves Saint Laurent, Puma, Stella McCartney, Balenciaga, Gucci & co. L’écolo-attitude, c’est fashion. Quand bien même on roule en 4x4 ou qu’on achète ses courses en dosettes individuelles avec un maximum d’emballage autour. L’écolo est tendance, et du coup, se vend bien. Et si c’est susceptible de générer de l’argent, alors, les portes du 7ème art s’ouvrent en grand pour faire une place à ce tout nouveau support: le film écolo.

 

D’un point de vue purement "consommateur", on ne peut que saluer une telle énergie (et une telle somme d’argent) déployée au service de la sensibilisation à grande échelle. Car on ne fait pas de "bénéfices" sur un film écolo. Non. Pas de ça chez nous. On brade les places à bas prix, les dvds sont presque donnés et on organise même des diffusions gratuites. Le nerf de la guerre est ailleurs. L’idée, c’est de faire évoluer les mentalités… et le mode de consommation. Car un sponsor prestigieux qui affiche son soutient pour une telle cause, c’est bon pour les affaires (et pour les émissions de carbone). D’un tel point de vue, donc, le film écolo se veut pédagogique, et altruiste. Mais qu’en est-il d’un point de vue purement cinéphile?

 

Film ecoloLes écolos-cinéastes boudent l’innovation – en même temps, difficile d’innover avec une situation qui n’évolue pas – et se cantonnent à une ligne de conduite : celle du "bon" ou du "méchant" flic, comme dans les polars à deux roues. Là où un YAB se veut pédagogue et porteur d’espoir, Hulot joue au grand inquisiteur et nous sanctionne carrément d’un "bien fait pour vos sales gueules". La 25ème heure, elle, joue sur les deux tableaux, avec un effet plus hollywoodien : on part du franchement pessimiste à la lueur rédemptrice au bout du tunnel, dans un dernier élan salvateur. De son côté, Emmerich, qui donne dans l’écolo-catastrophe, donne simplement à voir ce que les fanatiques fantasment en secret, Le Jour d’Après, et ce que les couards redoutent en silence, la fin du monde en 2012. Le récent remake du Jour où la Terre s’arrêta, lui, condamnait sans compassion aucune la vacuité du règne humain. Avec, toujours, ce semblant de happy end cher à la culture américaine, jusque dans le militant Battle for Seattle de Townsend. On a un peu la sensation, film après film, docu après docu, d’assister à la déclinaison d’une même dissert’ de philo, avec intro, les pour, les contre, et la conlusion, pas trop alarmiste dans la mesure du possible. Un cercle vicieux explorant jusqu’à l’écoeurement les prophétiques catastrophes émergeant à l’horizon. Pourtant, si écoeurement il y a, ces films continueront à se tailler la part du lion, devenant même un argument de vente sine qua non auprès des studios, Disney en tête. Que ce soit par fascination morbide ou par devoir de conscience, les foules se pressent devant ces moralisateurs sur pellicule, ces donneurs de leçon cathodiques.

Film ecolo 

Existe-t-il seulement un intérêt autre qu’informateur (et accusateur) à ces empêcheurs de tourner en rond? Peut-on en extraire un caractère purement cinéphilique? Des éco-cinéphiles vont-ils émerger de cette vague mise-en-gardiste?

Si, de prime abord, il est difficile d’afficher une passion sans retenue à l’égard de ces œuvres propagandistes, il est également difficile de renier les qualités visuelles de certains d’entre eux, à l’instar du Home de YAB, aux plans aériens époustouflants, palpitants de vie, présentant la planète en un bouquet chromatique éclatant, vibrant, grandiloquent. Pourtant, dans un même registre, La 25ème heure n’a d’autre valeur que son discours, que les séquences successives ne font qu’étayer comme le feraient les images d’archives d’un docu-fiction de France 2. Difficile de bouder son plaisir devant le raz de marée qui engoutit New-York dans Le Jour d’Après, ou encore devant la désintégration de toute chose dans Le Jour où la Terre s’arrêta, séquences dont on sort abassourdis tant de pareils prodiges nous semblent inconcevables et pourtant si palpables, à l’instant T, quand bien même le discours sous-jacent, lui, s’avère faiblard.

En définitive, l’oeuvre écolo a-t-elle une légitimité au titre de "film" en tant que tel, ou n’en est-elle que l’usurpatrice? Une succession de belles images sur grand écran suffit-elle à en faire un long métrage digne de ce nom, ou n’est-ce en réalité que le témoignage un jour posthume d’une civilisation en perdition? Si le film-catastrophe a depuis longtemps gagné ses galons auprès du public friand de sensations fortes, qu’en est-il des autres? Devra-t-on bientôt créer une catégorie "films à (de)voir"? Ou "films reconnus d’utilité publique"?

 

Et si c’était cela, le cinéma de demain?

Dans le genre scénario catastrophe…"


>>>>>>> Pour aller + loin: A film "ecolo", financement vert?

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maître des clés 07/11/2009 19:09


Salut,

Il y a bien un phénomène du cinéma écolo qui surfe sur la vague de l'actualité et de la préoccupation écologique. Si c'est a priori louable en soi, posons-nous tout de même les questions
suivantes :

- Est-ce- que ces films font vraiment bouger les choses ou réveiller les consciences ?

- Croyez-vous réellement que les choses changent pour l'environnement ?

- Les plus grands bénéficiaires, à ce jour, ce n'est pas l'environnement, ce sont les producteurs de films et les organisations écologistes, pour quels résultats ?

On y verra peut-être plus clair après le 21 décembre 2012 ?


Ashtray-girl 08/11/2009 10:34


J'espère bien un aperçu avant quand même...


2flicsamiami 05/11/2009 23:44


Je pense que trop d'ecolo tue l'ecolo. Ca devient barbant de voir que maintenant tout les films catastrophe prennent ce postulat. Au moins 2012 de Emmerich prend le coté religieux cette fois
ci.
Je pense pas que c'est pour le fric, mais tous simplement parceque c'est l'ideoligie dominante de l'époque. Comme ce fût le cas pour la bombe H durant la Guerre Froide (Dr. Folamour, Le Jour ou la
Terre s'Arreta) ou le progrés technique dans les années 70-80 (La Tour Infernale, Soleil Vert). Tout est question de reflet : Pour atteindre le plus de gense possible, Hollywood reflette les
mentalités d'aujourd'hui.


Ashtray-girl 08/11/2009 10:36


Oui, je pense aussi que c'est tout bonnement le reflet de ce qui préoccupe (au moins en partie) le monde aujourd'hui, même si Hollywood n'était pas réellement dans ma ligne de mire
concernant le sujet.


Lenmye 03/11/2009 22:33


Intéressante réflexion...Moi je pense qu'ils cherchent le juste milieu. C'est-à-dire, faire du fric avec de belles images et nous faire croire que l'avenir de la planète est leur intérêt
premier...Pour l'instant je ne vois que leurs belles images...pour la majorité d'entre eux je reste sceptique sur leurs soi-disant "bonnes intentions écolos"


Ashtray-girl 08/11/2009 10:38


Evidemment qu'on reste sceptiques devant ces piètres tentatives déguisées de nous faire évoluer. Même si les auteurs à l'origine de ces films sont très certainement sincères dans leur
démarche, les producteurs, ou mécènes, eux, incitent d'avantage à la méfiance...