Rue de la plage...

Publié le par Ashtray-girl7



"A peine de retour de "vacances" (humpf), sur la très encaissée et très isolée Pointe du Médoc, me voici au rapport. Car non, même à la plage, pas de répit pour les salles obscures, a fortiori quand une si petite ville que Soulac-sur-mer possède un cinéma (et qu'il n'y a rien d'autre à faire dans un périmètre de 20 kilomètres).
Soulac m'a donc permis de découvrir une autre forme de cinéma, loin des multiplexes et autres structures spécialisées dans les films d'auteurs: le ciné de proximité.

Imaginez un peu, en pleine rue commerçante, engoncé entre une banque et l'office du tourisme, noyé sous un déluge d'affiches et pancartes en tous genres vantant les mérites de l'école de surf du coin ou du glacier face à la plage, un cinéma si riquiqui-pouce-pouce qu'il devrait être signalé par une balise GPS. Bref, une fois situé le bougre d'animal, l'enchantement commence. Un guichet, et un seul, qui délivre des tickets imprimés façon tombola, pour une file d'attente, et une seule, pour un film... et un seul. Car l'Oceanic ne dispose que d'une salle, chers amis. Une unique arène pour deux à trois séances par jour.
Déjà, je me sens bien. De votre côté, vous pensez déjà que c'est fort limité. Et vous aurez tort!
Certes, la programmation est réduite. Certes, on n'a pas le choix entre douze films avec de grandes affiches en fronton sous lesquelles défilent les horaires de diffusion. Certes, on ne peut aller au ciné qu'après 17h (mais, en même temps, n'est-ce pas le meilleur moment de la journée pour se détendre devant un bon film?).
Mais.
Loin d'être tenu à l'écart du reste du territoire, l'Oceanic propose non seulement des retrospectives récentes (Gran Torino), mais surtout les dernières sorties nationales. Et le trait de génie dans tout ça, c'est de proposer, chaque jour, une programmation différente, à même de contenter tout un chacun. Impossible de s'ennuyer ou d'hésiter entre deux séances se chevauchant: chaque jour, la carte évolue. Les films restent "à l'affiche" plusieurs jours, en réserve (Harry Potter 6) mais ne sont pas servis à toutes les sauces, ce qui permet d'éviter l'indigestion. Point d'ennui, et point de favoritisme. Tous les genres sont représentés.
En bref, la gestion de l'Oceanic est idéale.



Et puis, après, il y a le decorum. Alors, certes, point de lourds rideaux de brocard ou de balcons pâtinés par le temps comme dans ces anciens cinémas aux allures d'opéra. Mais la simplicité d'une structure unique, optimisée au possible, avec d'amples fauteuils de velours rouge et de la place pour étendre ses jambes. Il y a même une mezzanine.
Le charme opère.
Enfin, outre le plaisir sans mélange d'assister chaque soir à la projection d'un film différent conditionné par un choix restreint mais pas aliénant, et de se caler confortablement dans son fauteuil trop profond, il y a les incidents techniques, qui glorifient un peu plus ces instants cinéphiliques rares. L'écran est large, quasi neuf, et l'image ne saute pas. Le son fuse de toutes parts, sans grésillements (on sent que la rénovation est récente). Les bandes-annonces déboulent, le plus souvent en rapport avec le film que l'on est venu voir, et - pour le côté pittoresque - les annonces publicitaires concernent non pas Häagen Dasz ou Miko, mais le coiffeur du coin ou le centre de Spa à la mode. Bref, ça roule, comme sur des roulettes. Alors, lorsque, après 1h30 de film sans accroc, Denzel Washington et John Travolta se mettent à déclamer leur texte sur un ton robotique, et que l'image est parcourue de sursauts inquiétants ne pouvant en aucun cas être le fait de Tony Scott, on sait qu'en salle de projection, quelqu'un a oublié de pédaler. La bande son agonise avant de s'éteindre tout à fait, et l'écran devient désespérément noir. Et c'est là, à cet instant précis que l'on prend conscience d'être dans un cinéma à part. Dans une grande ville, les râleurs auraient pris le dessus, les commentaires mécontents auraient emplit la salle, et l'agacement aurait prédominé. Pas là. Dans une bonne humeur contagieuse, tout le monde a encouragé l'équipe technique, attendant patiemment que le métro 123 reprenne son parcours, sur le ton de la plaisanterie. Ambiance bon enfant. Ciné de vacances.
Bref, cette petite salle, dans laquelle j'ai passé trois soirées, a été un havre salvateur dans le paysage parfois morne de mes vacances, et une raison de plus d'excécrer mon multiplexe citadin. Car ailleurs, la simplicité a décidément bien meilleure saveur, et sublime l'instant de cinéma que d'autres bafouent allègrement à grand renfort de marketing outrancier et de vastes espaces confinés.
 
Vive le cinéma de quartier!"

Publié dans Ashtray's chronicles

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2flicsamiami 27/08/2009 01:54

J'ai dévorer ton article, qui, avec beaucoup de panache et de respect pour ceux qui font vivre leur ciné comme il peuvent, décris avec beaucoup d'exactitude le cinéma de quartier (il y en à un dans la ville voisine à la mienne).

Ashtray-girl 27/08/2009 12:00


C'était sincère, j'ai eu un véritable coup de coeur pour ce ciné, et je regrette amèrement qu'on n'en trouve pas d'avantage...
Merci de ton intérêt


Vincent 25/08/2009 19:41

Yes, je partage ton enthousiasme pour les petits cinémas de villages - j'en ai connu quelques uns en Bretagne moi aussi, fût un temps, pendant d'anciennes vacances - c'est tellement mieux que les T-Rex ! Et comme tu le soulignes, en effet les tickets sont super beaux !

Pyoopee 17/08/2009 15:49

Le plus drôle c'est que j'y ai pensé. Je me suis souvenu  de la polémique autour d'Ashtray Heart  en 1994 , si mes souvenirs sont bons. Eh ben, je n'étais pas si loin de la "vérité" lol Bonne journée !!!  

Pyoopee 13/08/2009 17:39

J'ai une question à vous poser très chère ! Je lis régulièrement votre blog qui m'a semblé, ma foi, très plaisant. Cependant, il y a une interrogation qui demeure sans réponse : Que signifie votre pseudo ? Excusez d'avance mon ignorance. Bien à vous ! Ps: La version de OAAA sur Over blog est plutôt sympatoche  

Ashtray-girl7 14/08/2009 13:00


Cher Pyopee,

Je sui flatté de votre intérêt pour mon blog, sincèrement. C'est étrange de constater à quel point ce pseudo soulève nombre de questions, alors qu'il est tout bête, pour moi. A la base, c'est une
référence à mon groupe fétiche, Placebo, et à la chanson This Picture, dans laquelle apparaît cette fameuse Ashtray-girl. Ensuite, j'aime sa signification, la "femme-cendrier". Ce qui ne
veut pas dire que je fume...! Et le "7", ma foi, c'est mon chiffre porte-bonheur.

Voilà, le mystère est levé.


Pyoopee 12/08/2009 23:36

C'est tout le charme des coins perdus !!!!

Ashtray-girl7 13/08/2009 16:56


Absolument!