Home: Il est trop tard pour être pessimiste
Un événement planétaire
Ce soir sortait le film événement de Yann Arthus Bertrand.
Evénement parce qu'il aborde de façon inédite l'impact de l'Homme sur la planète.
Evénement parce qu'il est diffusé, simultanément, dans près de 100 pays du globe.
Evénement parce qu'il a été financé par Luc Besson et François-Henri Pinault, PDG du groupe PPR.
Evénement parce qu'il est diffusé gratuitement, et libre de tout copyright.
Evénement parce qu'il arrive à point avant les élections européennes, et quelques mois avant le sommet de l'ONU pour le climat à Copenhague.
Feel like... Home
Pour vous parler de ce film, je n'ai pas envie de faire de synthèse, d'analyse, de "critique". Non. J'ai juste envie de vous parler de moi, après ce film. De son impact sur moi. De son message et de ce que j'en ai retiré. De l'état d'esprit dans lequel je me trouve, actuellement.
Avant toute chose, le bouleversement. On sait le talent avec lequel Yann Arthus-Bertrand rend compte de la terre vue du ciel, magnifiée sous l'objectif du sky-walker armé de son seul appareil. On pourrait penser à une esthétisation habile des images, pourtant, ce serait nier la valeur de la beauté à l'état brut, prise sur le vif, instantanné de nature, morceau de planète capturé sans heurt, et restitué tel quel, intense, impressionnant de
perfection. Home est un bijou, parmi tant d'autres ayant déjà attesté des splendeurs insoupçonnées de l'écrin naturel dans lequel nous vivons. Un bijou sans fioritures, dépourvu de toute figure de style superflue, décomplexé. La vérité nue. Le fabuleux témoignage d'un héritage menacé, le plus précieux de toute l'histoire de l'univers. Dit ainsi, le concept peut sembler galvaudé, et pourtant... J'ai vibré à l'évocation du cycle de l'eau en Arctique, dont la calotte polaire fond à vitesse grand V. J'ai été submergée par l'émotion devant une baleine dansant sur la surface de l'eau, inconsciente du danger qui pèse sur son habitat. J'ai eu un mouvement de vénération devant ce qu'il reste de la forêt amazonienne, poumon vert du monde. J'ai eu des instants de découragement intense tandis que l'ampleur du besoin humain était déployé devant moi, les inégalités en ressources pointées du doigt simplement, posément, mais suscitant la consternation. Et la beauté, partout, même là où on ne la soupçonnerait pas. Les couleurs du monde déclinées sous mes yeux ébahis, sans cesse émerveillée par ce que cette planète recelle de trésors, et de miracles chaque jour renouvelé. Si loin, et pourtant faisant partie intégrante de notre existence.
Puis, le découragement pur, à l'énoncé des chiffres alarmants qui rythment notre
planète, dont le visage a pour jamais changé, en une fraction de seconde à son échelle. Les chiffres évoquant 1 milliard d'hommes et de femmes privés d'eau potable. Et ceux évoquant la détention des richesses du globe par 2% de privilégiés indolents. Ceux assénnant que 40% de la banquise a d'ores et déjà disparue. Ceux qui évoquent l'épuisement des sols, la course au rendement, l'engrenage infernal de la surconsommation, les écarts toujours grandissants et insultants entre les peuples. L'opposition de l'Homme et de la Nature qui, pourtant, restent condamnés à cohabiter, jusqu'à la destruction de l'un, ou de l'autre. Le découragement. 7 milliards d'âmes. 1 planète à l'agonie. Que reste-t-il à faire?
La colère. Pourquoi? Commment? Y'a-t-il seulement une justification à un tel gâchis? Y'a-t-il une justification, aujourd'hui, pour que rien de
concret ne soit envisagé? Nous faudra-t-il aller dans le mur pour assouvir notre besoin de grand frisson, de mise en danger? Avons-nous à ce point envie de voir se réaliser ce qui, hier encore, n'était que le scénario à peine crédible d'un film catastrophe tourné en studios? Sommes-nous stupides au point de sceller notre sort irrémédiablement? Avons-nous à ce point perdu le sens des réalités? Celui des valeurs? Celui de nos racines? Ne nous rappelons-nous pas d'où nous venons, et quelle magnifique opportunité nous était donnée?
Et puis, alors que le découragement et la colère prenait le pas sur tout le reste, alors que je ne m'y attendais presque plus, il y a eu l'espoir. L'espoir que les mentalités changent. L'espoir que les gouvernements prennent leurs dispositions, et mesurent l'ampleur de la tâche à accomplir, proportionnelle à leur responsabilité dans la catastrophe qui s'annonce. L'espoir que l'hémorragie soit maîtrisée, et que le gaspillage cesse. L'espoir que toutes ces images, en fin de compte, ne deviennent pas le pâle écho d'un passé révolut à jamais.
"Il est trop tard pour être pessimiste" Voilà le message que nous délivre Yann Arthus-Bertrand. Finit les conjectures et les plans sur la comète. Finit le temps où l'on avait encore le choix. Désormais, c'est marche, ou crève. Marche, pour le développement durable. Marche, pour le commerce équitable. Marche, pour les énergies renouvelables. Marche, pour une vie plus simple, assainit, allégée. Marche, pour une sous-consommation responsable.

A l'instar de ce que j'avais ressenti devant la 25ème heure, quelque chose de plus fort que l'espoir suscité en moi. Quelque chose de plus transcendant. De plus intense. Quelque chose comme de l'exaltation. Exaltation devant le formidable défi qu'il nous ait donné de relever. Rien moins qu'une révolution verte, en faveur d'un avenir stable, tendant vers une harmonie retrouvée entre humain, animal, minéral, et végétal. Home dresse un portrait à la fois alarmiste et bouleversant de notre planète, en faisant un état des lieux plein de nostalgie de notre bonne vieille Terre. Pourtant, derrière le signal d'alarme, subsiste encore et toujours l'espoir.
Et pour finir, je n'ai pas envie que vous me disiez ce que vous avez pensé de ce film, ni de ce que vous inspire le débat qui agite déjà quelques consciences. Non. Je veux que vous me parliez de vous, après ce film. De ce qu'il a suscité en vous. De ce qu'il vous a inspiré. Et de votre état d'esprit, maintenant.
Car, en définitive, c'est tout ce qui compte.
Une sensibilisation sans précédent
1 million de visiteurs sur Youtube pour cette seule soirée. 25 000 personnes au moins sur le champ de Mars. Combien d'autres devant leur poste de télé? Combien ailleurs, au-delà des frontières?
Combien demain, agissant pour un avenir? Juste, un avenir.
EN BREF
*2h00 - Français - Yann Arthus Bertrand
*Cast: Yann Arthus Bertrand
*Genre: Un jour sur Terre
*En bref: Un portrait à la fois superbe et indispensable de la planète bleue.
*Links: Youtube Home project
Site officiel
Goodplanet.org
*Crédits photos: © EuropaCorp Distribution