The Cry Of The Owl

Publié le par Ashtray-girl

>>>>>>>Critique en partenariat avec Cinétrafic (*)

C'est toujours un immense plaisir de découvrir, par un hasard fortuit ou un généreux coup19148022_w434_h_q80.jpg de pouce, ces productions discrètes dont la sortie en salles a été ou sabordée, ou passée sous silence. C'est le cas du Cri du Hibou, qui n'a eu droit, en 2009, qu'à une sortie "technique" dans... une seule et unique salle en France. Dans le genre léger...
Grâce à Cinétrafic, j'ai donc pu visionner cette adaptation du roman de Patricia Highsmith, précédemment adapté en 1987 par Claude Chabrol.

I'm just a peeping tom...

Tout commence dans une atmosphère que l'on sent déjà lourde de tensions présentes et à venir, mais dont les tenants et aboutissants nous échappent - et nous échapperont encore longtemps - complètement. On suit, d'emblée, le sillage de Robert, archétype du mec lambda, dérivant passivement dans une existence conditionnée de laquelle il n'a clairement pas les commandes. Un job assommant, un divorce sur les bras, un côté un peu associal, un humour naze... Robert n'a rien pour lui. Pour couronner le tout, le pauvre hère est dépressif, et prend des cachetons pour ce qui semble être des troubles de la personnalité. Tout pour plaire. Bref, Rob est un type paumé, très seul, et il perd pied. Alors qu'il erre sur une route de campagne en pleine nuit, il passe à proximité d'une maison, y voit de la lumière... et Jenny. Dés lors, il prend l'habitude malsaine, bien qu'innocente, de venir épier Jenny, chaque soir, l'observant du dehors, à travers une petite fenêtre sur son monde qu'il s'imagine idyllique. Pourtant, ce qui n'était qu'un dérivatif étrange à une solitude devenue insupportable, va devenir un véritable imbroglio lorsque Jenny le surprend dans son jardin. A partir de là, tout bascule...
La première partie du film emprunte le chemin classique d'un thriller ayant pour thème le harcèlement, l'intrusion dans la vie d'autrui. On a le type louche, qui ne semble pas vraiment offensif mais dont on se méfie fortement, et l'innocente jeune femme, toute de naïveté revêtue, perdue dans une maison isolée dans laquelle elle se complait à vivre seule. Le tableau de départ idéal pour un face à face sanglant. Excepté qu'ici, tout bascule vraiment.
On adopte rapidement le schéma inverse: celui de l'arroseur arrosé. Ainsi, à partir du moment où Robert et Jenny entrent en contact, brisant la limite que s'imposait le voyeur, l'obsession change de camp, et relève non pas de celui que l'on prenait pour le prédateur... mais de sa proie. En mettant fin à une rêverie que Robert juge parfaitement innocente, Jenny s'est démystifié à ses yeux, et ne représente plus rien d'autre qu'une source d'embarras. En revanche, l'effet inverse se produit sur Jenny: en entrant fortuitement dans sa vie, Robert déclenche quelque chose en elle. L'intrusion de cet homme dont elle devrait se méfier résonne en elle comme un signe du destin. Dés lors, elle n'a de cesse d'attacher ses pas à celui qui l'observait en secret. Source d'embarras pour l'un, destinée pour l'autre, leur relation s'élabore à pas comptés, bancale, prenant peu à peu un virage dangereux qui va tourner au drame.

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Who's who?

A partir du moment où Robert entre dans la vie de Jenny, tout bascule dans la sienne. Car avec Jenny, c'est tout un cortège de protagonistes qui interfèrent dans son existence. Du fiancé possessif aux amis hostiles, en passant par les voisins soupçonneux, tous se défient de lui et lui jettent la pierre. Se débattant dans le même temps avec un divorce qui n'en finit pas d'être prononcé et une ex-femme versatile, Robert nage en pleine confusion... et renforce, par ses actes et son instabilité, la méfiance qu'il inspire. Pourtant, difficile de dire qui est le plus instable de toute la bande, tant leur comportement, exacerbé par la relative exiguïté des lieux (une petite ville) et par les craintes des uns et des autres, prête à confusion. Robert est-il vraiment le schizophrène qu'il nie être? Jenny a-t-elle toute sa tête, ou projette-t-elle de se jouer de lui pour l'avoir épier impunément durant des semaines? Le fiancé a-t-il décidé de lui jouer un mauvais tour? Autant d'hypothèses qui se brouillent et s'emmêlent tandis que l'évidente catastrophe que l'on pressentait arrive, et que l'étau se resserre autour de Robert. Alors? Psychopathe retors ou victime malheureuse? Rien n'est certain, et le film se plaît à nous mener de doutes en soupçons sans la moindre compassion. On nage en pleine confusion.

It was just innocent...http://www.cinemovies.fr/images/data/photos/16038/le-cri-du-hibou-2009-16038-2092912648.jpg

La mise en scène se perd dans des méandres entêtants, entre une atmosphère lourde, sombre, cernée d'ombres et d'arbres dénudés, entre clairs-obscurs et nuits noires, le tout sur un rythme lassif, passif, quasi contemplatif, ponctué ça et là de quelques soubresauts abrasifs, comme pour rappeler qu'il s'agit là, au fond, de la chronique sordide d'une obsession dérangeante.  Le tout a quelque chose de claustrophobique, d'étouffant, propre au huis-clos, en même temps qu'affleure cette idée que chaque chose devrait rester à sa place, sous peine de provoquer des débordements considérables, des dommages collatéraux impossibles à anticiper. Ici, l'innocence revêt les atours de la culpabilité, tandis que la culpabilité, elle, se prévaut de l'innocence. Les frontières sont brouillées, en surface, pour mieux enfouir la vérité, tenant d'avantage du fait divers que de la folle machination, qui tient pourtant en tenailles tout ce petit monde et nous, avides de connaître le fin mot d'une histoire, somme toute, banale à pleurer, mais au final glaçant. C'est la demonstration réussie qu'une histoire simple peut prendre un tour fort complexe lorsqu'elle est bien racontée.

It's the bitter bitten

L'ensemble manque un peu de souffle, un peu d'éclat et un peu de rythme, mais se laisse regarder plutôt avidement, pour peu que l'on accepte de ne pas comprendre immédiatement ce qui sous-tend le tout. Un film sans prétention aucune, mais efficace, porté par des acteurs convaincant et une mise en scène intimiste.


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*1h37 - américain, britannique - by Jamie Thraves - 2007

*Cast: Paddy Considine, Julia Stiles, Caroline Dhavernas, James Gilbert...

*Genre: Je te tiens, tu me tiens, par la barbichette...

*Les + : Une mise en scène efficace, un casting convaincant, une intrigue prenante.

*Les - : Un rien trop traînant, trop passif... mais cela participe aussi au charme du film.

*Lien: Fiche film Allociné

*Crédits photo: © CTV International


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Le Cri du Hibou
Un film de Jamie Thraves avec Julia Stiles et Paddy Considine
Distribution : CTV International
http://www.ctvint.fr/
Date de sortie : 17/02/2010



(*)Il y a quelques semaines, Cinétrafic entrait définitivement dans la cour des grands des plateformes communautaires, avec la mise en place d'un système de distribution de dvd tout juste sortis de chez divers éditeurs et soumis gracieusement au jugement des membres de Cinétrafic en échange d'une critique complète sur le film. Une bien belle initiative!

Publié dans Les EntrE-dEuX

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Commenter cet article

2flicsamiami 21/02/2010 19:42


J'ai vu des extrait sur un film que j'ai loué. Il m'a pas trop donné envie, mais faut voir, ça peut être sympa (de ce que tu en dit en tout cas).


Ashtray-girl 22/02/2010 11:58


Il est très particulier comme film... Faut voir, mais il est certain que ça ne plaira pas à tout le monde... C'est un
genre, quoi.