Melancholia

Publié le par Ashtray-girl

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Vu le 10/09/11

 

 

 

Une critique, parce que Melancholia vaut bien d'avantage qu'un bête esclandre à Cannes...

 

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Melancholia

 

Alors que je recevais il y a peu mon précieux Pass pour me gaver de films à n'en plus pouvoir, c'est finalement dans un tout autre cinéma que je me suis confrontée au dernier - mais néanmoins premier, pour moi - film de Lars Von Trier, dont la présentation à Cannes, cette année, restera mémorable... Un tout autre cinéma donc parce qu'encore une fois, il est aisé de constater que les salles de Gaumont Pathé n'accueillent majoritairement que les bobines bankables... excluant de fait les oeuvres du provocateur danois. C'est donc dans un cinéma indépendant, aux allures de musée se dressant telle la résistance contre les poids lourds de l'industrie du 7ème art, que j'ai découvert l'univers torturé de Lars von Trier. Et Melancholia semble être un parfait condensé de ce qu'il a fait de mieux.

 

Le film s'ouvre sur une succession de plans léchés comme des oeuvres de maîtres (lorsque l'on tape Melancholia sur Google, on tombe sur les gravures d'Albrecht Dürer - dont je suis folle - mais le réal' évoque d'avantage Bruegel, dont la toile Hunters in the snow est d'ailleurs très présente dans le film), semblables à des compositions à l'huile qui prendraient vie, dans une sorte de torpeur éblouissante. Un prologue digne des plus grands opéras, qui donne un aperçu de ce qui doit suivre, de manière tout aussi poétique qu'énigmatique, et dont la musique de Wagner (Tristan & Isolde), magistrale, va rythmer l'ensemble de l'oeuvre, scindée en deux parties.

Ce souci esthétique, tant visuel que sonore, est constant dans Melancholia, Lars von Trier jouant sur le contraste entre ses plans caméra à l'épaule, ultra-réalistes, conférant un côté très intimiste à chaque séquence, et ses instantannés pré-apocalyptiques ultra-stylisés, frappants de beauté formellement plastique. La composition de Wagner, quant à elle, ajoute à la grandiosité de l'oeuvre, tout en renforçant son atmosphère anxyogène, dérangeante, entre appréhension et contemplation passionnée.

 

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Tout commence avec Justine (Kirsten Dunst), la douce, la lumineuse Justine, tout sourire, radieuse, le jour de ses noces. Des noces qui vont vite tourner court (non, ce n'est pas un spoiler) attendu que, dés l'arrivée des jeunes mariés à la fête somptueuse offerte par le beauf' (Kiefer Sutherland), l'ambiance tourne au vinaigre. Un malaise d'abord palpable via Claire (Charlotte Gainsbourg), la soeur de Justine, qui lui fait passer de petites mises en garde, quelques remontrances, aussi... Une attitude difficilement compréhensible au début. Mais ce qui semble être le déclencheur de l'étrange apathie qui va peu à peu s'emparer de Justine, c'est la présence de ses parents, divorcés. Entre un père infantile (John Hurt) et une mère franchement hostile (Charlotte Rampling), le mal-être de la jeune femme semble d'abord parfaitement évident. Mais, subtilement, graduellement, la mélancolie de Justine se manifeste de plus en plus, à travers des attitudes incohérentes, inssaisissables... On comprend bientôt que Justine, en réalité, a toujours été ainsi: sévèrement déprimée, en-dehors du monde, perdue... A travers elle, Lars von Trier se met en abîme, et tisse une métaphore autour de la dépression, autrefois appelée... mélancolie.

 

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Le pendant de Justine, c'est Claire. Portée par une Charlotte Gainsbourg confondante, qui méritait le prix d'interprétation féminine au même titre que Kirsten Dunst. Elle incarne la femme forte, douée de raison, compatissante et altruiste. Epouse dévouée, d'un naturel chic, figurant la maternité en ce qu'elle a de plus doux et viscéral à la fois, elle se met entre parenthèses pour soutenir sa soeur avec abnégation, faisant montre d'une patience qui défie l'entendement. Pour autant, Claire la vertueuse, la terrienne, peut se montrer très vulnérable, et sujette à de fortes angoisses qui, si elles semblent bien plus censés à nos yeux, se heurtent à l'indifférence mêlée de dédain de sa soeur, et au calme implaccable de son mari. Mais lorsqu'il s'agit de fin du monde, toute logique s'effondre...

 

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Car si Melancholia fait directement référence à la dépression, ici, elle est aussi une menace à la fois subjuguante et oppressante, une lointaine planète passant à toute proximité de la Terre. Collision? Pas collision? Dés le prologue, il est assez aisé de prévoir quelle option narrative Lars von Trier aura privilégié. Néanmoins, le doute s'installe pendant la seconde partie du film, consacrée à Claire, et dans laquelle est développé le questionnement autour du danger potentiel de Melancholia, l'angoisse que génère celle-ci directement rattachée au personnage de Claire. Et alors que Melancholia provoque émerveillement et tremblement aux uns, elle exalte complètement Justine, la tirant de son apathie naturelle.

C'est sans doute l'un des aspects du film les plus réussi et bluffant. Tandis que des Emmerich ou des Bay tentent, à grands renforts d'effets spéciaux, de nous coller les miquettes sur une hypothétique fin du monde, ne parvenant finalement, dans le meilleur des cas, qu'à nous divertir, Von Trier créé une atmosphère bien plus intimiste, bien plus proche de celle que l'on imaginerait, à échelle humaine, pour une fin du monde. Le désespoir progressif, la peur, l'angoisse partagée en très petit comité... Quelque chose d'amer et d'inévitable en même temps. Une émotion qui prend à la gorge. Terriblement efficace. Une tension parfaitement gérée donc, et qui atteint son paroxysme en un plan final douloureux et sublime à la fois.

 

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Melancholia s'est révélé être un film capable de m'inpressionner tant par son contenu que par la beauté factuelle de sa mise en scène, de laisser son empreinte atypique dans mon esprit, de me bouleverser, d'attiser ma curiosité, et finalement de me ravir au point que, d'ores et déjà, j'envisage d'en faire LE film de 2011, devant le non moins imposant Black Swan (non critiqué). Lars von Trier fascine, dérange, titille, exacerbe, et laisse tout sauf indifférent. Une réussite renversante, pour un traité sur la mélancolie se parant de poésie. Inoubliable.

Publié dans L'ExceLLencE

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Squizzz 16/09/2011 22:50



Rrroo mais il est nul ton Pathé ou Gaumont, à Lyon ils l'ont projeté. Sinon, concernant le film, effectivement il est très bien traité sur le fond, Gainsbourg et Dunst sont magnifiques, certains
plans sont somptueux. Par contre j'ai pas été trop fan de la caméra à l'épaule (pourtant d'hab j'aime bien), il y a pas mal de longueurs, et c'est surtout très déprimant !



Ashtray-girl 17/09/2011 14:46



C'est sûr que c'est pas hyper jouasse, tout ça...


Ah, t'es sur Lyon? Bah là-bas, peut-être que le directeur du Gaumont est un tout petit peu plus intelligent...



Neil 16/09/2011 22:08



Ah oui, j'applaudis des deux mains. C'est un film profond et magnifique, d'une beauté envoûtante. Très beau billet.



Ashtray-girl 17/09/2011 14:44



Merci Neil! Envoûtant, c'est le mot!



2flicsamiami 16/09/2011 15:06



Je prèfére le non-Lars que le vrai-Lars (Dogville m'avait un peu enuyé).



Ashtray-girl 17/09/2011 14:44



J'avoue que j'hésite à tenter le vrai-Lars, oui...



2flicsamiami 16/09/2011 09:37



Très très beau film et une belle exploration de l'homme face à sa mort prochaine. J'ai été aussi époustouflé que toi devant le résultat, et la musique de Wagner s'intégre parfaitement au film.



Ashtray-girl 16/09/2011 12:30



Il est vraiment bluffant, oui! Après, il paraît aussi que c'est un "non-Lars"... Alors.