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Jeudi 27 octobre 2011 4 27 /10 /Oct /2011 11:59

En partenariat avec GetAttachment dans le cadre de l'opération DvDTrafic.

 

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London Boulevard fait partie de ces films sur lesquels je m'étais d'abord fait une fausse idée. Le hic c'est qu'ici, l'idée que je m'en étais faite me semblait bien plus alléchante que ce qu'il est en réalité... mon visionnage s'est donc soldé par une relative déception, concernant un film pourtant loin d'être mauvais. Explications.

 

Premier film de William Monahan en tant que réal' (le type, scénariste de formation, a bossé notamment avec Ridley Scott et Martin Scorsese... la classe quoi), London Boulevard se veut un hommage aux films noirs anglais (Monahan est très anglophile). Adaptation de l'oeuvre de Ken Bruen (dont Blitz a également été récemment porté à l'écran), ce pastiche de Sunset Boulevard retrace le parcours de Mitchel (Colin Farrell), tout juste sorti de prison après y avoir purgé une peine pour coups et blessures, qui renoue d'emblée, un peu malgré lui, avec Billy, une petite frappe qui se la raconte et magouille à droite et à gauche. Mitchel accepte de l'aider sur un coup en échange d'un point de chute mais, décidé à changer de vie, il postule dans le même temps pour devenir le garde-du-corps d'une star de cinéma recluse dans une somptueuse résidence suite à une grave dépression. Entre Charlotte (Keira Knightley), l'icône de cinéma, et lui, le gangster repenti, l'attirance est quasi immédiate, teintée de part et d'autre d'une méfiance bien compréhensible. Mais, alors qu'un avenir incertain se dessine pour Mitchel, il attire bien contre son gré l'attention d'un gros poisson de la pègre, Gant (Ray Winstone), qui veut l'enrôler dans ses rangs. Devant le refus catégorique de Mitchel de frayer avec l'incontrôlable criminel, Gant met tout en oeuvre pour lui pourrir la vie... et s'attaquer à tous ceux qui peuvent compter à ses yeux. Les nouveaux horizons qui s'ouvraient devant Mitchel en prennent un sacré coup dans l'aile.

 

  London-Boulevard.jpg

 

Il m'arrive très souvent de regarder les bonus d'un film, mais rarement juste après son visionnage. Là, la consultation de ceux-ci me semblait capitale, tant la fin a confirmé ma frustration quant à l'ensemble. Et les interviews des différents membres de l'équipe m'ont quelque peu étonnée, tant j'ai eu l'impression de ne pas avoir regardé la même version du film qu'ils sont pourtant convaincus d'avoir tourné.

De la B-A au pitch du film, en passant par la promo assurée par le cast, l'élément du film systématiquement mis en avant, c'est l'idylle improbable entre Mitchel et Charlotte. Leur rencontre. Leur entente. Leurs points communs alors qu'ils sont issus de deux milieux qu'on pense très différents. Etc, etc... Or, alors que London Boulevard semblait effectivement être l'histoire d'un gangster en passe de repentir qui trouve les clés de la rédemption dans les bras d'une actrice aussi paumée que lui, London Boulevard n'est finalement... qu'un film de gangsters.

 

 Keira Knightley 

 

Alors oui, dans le genre, le film se défend, et même très bien. D'abord parce que, pour un premier film, Monahan ne s'encombre pas de palabres inutiles, de longues séquences dialoguées masquant les lacunes d'un scénario négligé, de figures de styles et autres prouesses visuelles redondantes... Monahan raisonne en terme d'images, images fortes, cadrages soignés, éloquents, écrins efficaces à des scènes se suffisant à elles-mêmes. Ensuite, ça fonctionne très bien parce que Monahan a su s'entourer d'une équipe talentueuse (et très consciente de l'être): Colin Farrell caracole en tête avec une composition irréprochable, alliance parfaite de ce qu'il sait faire de mieux: le type implaccable au coeur en caramel coulant. Sapé comme un prince ou plus cool, il affiche un charisme indiscutable, qui emporte tout. Face à lui, Ray Winstone fait froid dans le dos, imprévisible, insensible, quasi fou à lier, et Ben Chaplin fait tantôt le caïd, tantôt la lavette. Keira Knightley campe parfaitement ce rôle d'icône mondiale chahutée par les paparazzi en repli total sur elle-même tandis que, en mentor improbable, David Thewlis se la joue (magistralement) baba-cool défoncé un rien borderline (rien que pour sa prestation, le film vaut le détour, à mon sens). Une sacrée brochette complétée par Eddie Marsan, Anna Friel et Stephen Graham. Quant à la B.O., elle dépote, simplement (Heart Full of Soul des Yardbirds).

 

 David Thewlis 

 

Après, le souci, c'est que ce qui fonctionne se révèle aussi... être ce qui fonctionne le moins, finalement. Alors que Monahan avait toutes les clés en main pour livrer un film intérressant et original sur le milieu du grand-banditisme londonien, il choisit d'explorer massivement le pan de son film qui s'est déjà vu le plus au cinéma, laissant de côté ce qui aurait vraiment pu tirer l'ensemble vers le haut: cette fameuse idylle, bancale, improbable, entre l'ex-taulard et la star devenue misanthrope. C'est cet aspect-là du film qui aurait dû être réellement mis en avant. Au lieu de cela, ce qui recellait une force formidable se trouve découpé et inséré maladroitement au reste de façon disparate, tant et si bien qu'au bout d'un moment, on s'en fout carrément de leur amourette qui se construit on ne sait comment, à peine éclose, à peine avortée. Très vite, le véritable enjeu, c'est de savoir comment ce type, Mitchel, qui pourrait effectivement "faire ce qu'il veut" et qui, pourtant, collectionne les boulets aux chevilles (sa soeur malade et alcoolique, son pote SDF, Billy, Charlotte...) va pouvoir se sortir indemne de ce merdier pas possible. Et si l'on peut croire illusoirement, d'abord, qu'il a les moyens de faire le ménage dans sa vie, on réalise bien plus vite que lui qu'il va brasser pas mal d'air pour rien. Dés lors, London Boulevard se cantonne au film de genre, violent et désabusé, dans un montage un rien trop découpé pour être clairement lisible, donnant une fois de plus leur quart d'heure de gloire aux bas-fonds de Londres, dont on aurait aimé voir plus... ou autre chose.

Et que retirer cet épilogue amer au possible? Que, comme le dit Mitchel lors de l'enterrement d'un ami: "On se fait tous baiser"? Ou qu'au lieu de résister à la violence, vainement, comme il a tenté de le faire, Mitchel aurait dû savoir brûler tous les ponts derrière lui?

 

Farrell - Winstone

 

William Monahan ne rate pas son premier film, qui vaut d'être encouragé tant le mec a de la suite dans les idées, et de bonnes idées. Mais, à mon sens, il s'est juste un peu gourré de direction pour celui-ci. Et, pour quelqu'un qui rejette les stéréotypes, on en a malheureusement une assez belle collection ici. A charge de revanche, j'attends son prochain pour lui passer un (vrai) savon si besoin.

 

En attendant, vous pouvez retrouver sur Cinetrafic les films de cette année dans la catégorie Film 2011 ou découvrir la catégorie Film policier.

 

 

 

London Boulevard , un film de William Monahan, en DVD le 26 octobre 2011. Distribué par la Metropolitan Filmexport.

Communauté : Les Cinéphiles Associés - Publié dans : Les EntrE-dEuX - Par Ashtray-girl
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Commentaires

Oui, mais tu dis finalement que l'on s'en fout de cette amourette (dans le façon dont elle est traité du moins). Donc cette idylle est tout de même le point faible du film (si je suis le raisonement écrit dans ton article).

Commentaire n°1 posté par 2flicsamiami le 15/11/2011 à 08h54

Vu sous cet angle, oui, du coup... Tu m'embrouilles!

Réponse de Ashtray-girl le 15/11/2011 à 14h56

Bon casting c'est vrai, rien d'alarmant mais le film, sans trop d'enjeux, me rappelle quand même un moment d'ennui...

Commentaire n°2 posté par Jérémy le 14/11/2011 à 13h04

Ah, j'avais pas pensé à la comparaison avec Sunset Boulevard (grand film s'il en est), et c'est vrai qu'ils possèdent tout deux des points communs.

Pour le reste, je vois que l'on est d'accord : un bon film mais l’idylle avec la star est très dispensable et pas forcément intéressante.

Commentaire n°3 posté par 2flicsamiami le 12/11/2011 à 09h56

Ah nan, justement: moi je dis que l'idylle était l'aspect le plus interressant du film, et qu'elle est hélas sous-exploitée.

Réponse de Ashtray-girl le 13/11/2011 à 16h09

Très chouette critique car tu expliques très bien pourquoi le film aurait pu être très bon et qu'il est au final juste sympathique. Personnellement, je partage pas mal ton analyse dans le sens où j'ai plutôt bien aimé le casting dans l'ensemble avec effectivement une mention spéciale pour David Thewlis qui est assez énorme dans son rôle. Je pense que c'est le genre de film qu'on regarde avec plaisir mais qu'on oublie assez vite après. Mais pour une première réalisation, c'est pas trop mal. Il faudra voir ses prochains films

Commentaire n°4 posté par Wolvy128 le 27/10/2011 à 17h44

Exactement. Pour un premier essai, c'est déjà très bien, même si je me suis un peu sentie volée sur la marchandise quoi... Mais ça reste plutôt plaisant, dans l'ensemble. Et puis, le cast assure (David Thewlis quoi! )

Réponse de Ashtray-girl le 27/10/2011 à 22h02

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