Eyes of War - Some live. Some die. Some are changed forever.

Publié le par Ashtray-girl

En partenariat avec GetAttachment

 

Eyes of WarMark et David sont reporters de guerre. Armés de leurs objectifs, ils mitraillent les champs de bataille à l'affût de LA photo susceptible d'exprimer au mieux le conflit, si tant est qu'il puisse s'expliquer. L'un traque la vérité la plus brute, la plus crue. L'autre tente de dénicher dans le malheur des populations opprimées cette touche d'espoir indispensable à tout un chacun. L'un dépeint la laideur, l'abrupteté des combats. L'autre saisit la beauté, par bribes d'images evanescentes. Ils sont aussi différents qu'on peut l'imaginer, et sont pourtant liés comme les doigts de la main. Jusqu'à ce reportage au Kurdistan, celui de trop. David (Jamie Sives) veut raccrocher, rentrer auprès de sa femme, enceinte. Mark (Colin Farrell) s'entête, certain de pouvoir encore encaisser. Leurs chemins se séparent, lors d'un assaut.

Quelques jours plus tard, après avoir été blessé et soigné dans un hôpital de campagne, Mark est le seul à revenir à Dublin. Dés lors, la culpabilité le ronge: où donc est David?

 

D'emblée, Danis Tanovic parvient à nous attacher à ces deux hommes, desquels on partage d'abord des bribes de leurs vies privées, qui les positionnent dans un contexte tangible, quotidien, confortable, empreint d'amour, avant de les suivre dans leur passion, leur métier: la photographie de guerre. Premier bon point pour Tanovic: montrer concrètement à l'écran comment les deux hommes compartimentent leurs vies sans jamais les mélanger, afin de garder la tête sur les épaules, de se ménager un semblant de sérénité morale et nerveuse. Second bon point: là où l'on pouvait s'attendre à tous les débordements de par le métier de Mark et David, à savoir des images insoutenables visuellement, sanglantes à n'en plus finir, donnant dans la surenchère, Tanovic se contente de montrer la guerre "telle qu'elle est". Sans artifices outranciers, sans enjolivages et sans boucherie non plus. Le film est alors "regardable", "supportable" par une grande majorité de spectateurs, tout en n'occultant jamais la réalité des faits, ainsi que leurs conséquences directes: une jambe en moins est un moignon sanglant, un homme constellé d'éclats d'obus est fatalement écorché de partout, etc... Visuellement donc, pas d'apitoiement sordide ou de gore complaisant. Moralement, en revanche, c'est une toute autre histoire...

Eyes of War 

Le titre original, Triage, prend tout son sens dés la première demi-heure du film, et renforce son symbolisme dans son dénouement. Ici, il est effectivement question de "tri" aléatoire, figuré par ce médecin kurde dépassé par l'ampleur de sa tâche, en manque de moyens, de médicaments, forcé de "sélectionner" les soldats qu'il sauvera et ceux pour lesquels il ne pourra rien en l'état. Une étiquette jaune pour les secourables, une bleue pour les condamnés. Comme à la loterie. Premier constat affligeant de ce que la guerre recèle d'ironie macabre, de hasards malheureux. Constat également de l'ineptie du conflit, dans ce qu'il a de plus incompréhensible, comme cet acharnement à se battre depuis des générations, défaite après défaite.

Et puis, on revient au tout premier plan du film, revenant (ou anticipant) sur le choc dont est victime Mark. Blessé à son tour, il est confié aux bons soins du médecin kurde (formidable Branko Djuric), soumis lui-même à la "loterie" des blessés. Finalement, très rapidement, on s'écarte de cette zone de conflit, tandis que Mark retourne chez lui, à Dublin. L'essentiel du film se déroule donc "hors guerre", et pourtant la guerre est partout, à l'esprit, constamment, même loin d'elle-même. Le bref aperçu que l'on en a eu suffit à nous la rendre omniprésente, obsédante... comme pour Mark. Dés lors, la frontière entre ses deux vies, l'intime et celle du conflit, se brouille peu à peu, avant de se mêler de plus en plus franchement à mesure que le mal-être de Mark amplifie. Dés lors, Tanovic se penche sur la fragilité de ces "yeux de la guerre", éprouvés en profondeur tant moralement que physiquement.

 

Eyes of WarC'est le récit d'un catharsis, celui d'une âme rongée par la culpabilité et les remords, que les souvenirs de guerre hantent comme autant de raisons de se haïr pour être encore en vie, lui qui se croyait invulnérable dérrière son objectif. Un catharsis qui passe par la souffrance palpable de Mark, dont les nerfs lâchent peu à peu, tandis que ses proches rassemblent des lambeaux d'indices pour comprendre son malaise. Un catharsis incarné par l'immense Christopher Lee, imposant et vulnérable tout à la fois dans ce rôle de psychiatre à la retraite. Tanovic donne à voir une facette de sa propre vie: celle d'une difficile reconstruction après l'expérience de la guerre, d'une réconciliation avec la vie, d'un apprentissage de l'existence malgré/avec la souffrance. L'idée est d'aller contre cette simple évidence: celle que Mark, rescapé de guerre, se sentait d'avantage vivant au coeur du conflit que bien à l'abri chez lui. La demonstration est sobre, pertinente, sans fioritures, et particulièrement émouvante. On se sent concerné au plus profond de nous-mêmes, capables de comprendre l'incompréhensible. Tanovic signe ici une ôde à la vie, symbolisée ici par les femmes (l'image de LA femme, incarnée par Paz Vega), vectrices d'espoir, d'amour et de foi en l'existence. Kelly Reilly, à travers le personnage de Diane, véhicule parfaitement cette idée, à la fois douce et forte, fragile et immuable dans sa maternité.

Et tandis que l'on suit le rétablissement laborieux de Mark, se profile bientôt le dénouement évident, pressenti depuis longtemps et pourtant inédit jusqu'au bout, porté tout le long du film tel un poids sur la conscience, un pressentiment qui ne se dément pas aisément.

 

Eyes of WarL'expérience bouleversante de ce Eyes of war se poursuit avec le making-of, libérateur, dans lequel chaque acteur livre son impression sur le film et quelques clés pour mieux l'appréhender, avec le point de vue édifiant de Danis Tanovic, et celui, majestueux, de Christopher Lee. Les commentaires, enregistrés durant le tournage, évitent tout spoilers, et donnent la primeur du ressenti de chacun sur le travail en cours. 

  

Premier dvd reçu pour cette 3ème édition de DvdTrafic, et premier coup de coeur. Le film de Danis Tanovic ne saurait laisser insensible qui que ce soit, tant son récit, puissamment évocateur, prend aux tripes. Et pourtant, le genre a bien du mal à passer avec moi. Mais ce film de guerre-ci a pour lui une sensibilité d'homme qui a connu la guerre et (re)aime néanmoins la vie, une sensibilité qui bouleverse, interpelle, sonde le fond de nos âmes. Pour mieux en éprouver l'humanité profonde. Oraison funèbre tout autant qu'ôde à la vie, ce regard-ci, posé sur un énième conflit avec distance et implication tout à la fois, n'oublie cependant pas d'en souligner le caractère inepte, hasardeux, et intolérable. Avec, en filigrane, cette simple morale, énoncée de vive voix par le réal' dans le making of: "Tout vaut mieux que le conflit". 

En un mot (anglais): moving.

 


 

*Indice de satisfaction: 3_etoiles.jpeg (++)

 

*1h36 - anglais, espagnol, irlandais - by Danis Tanovic - 2010

 

*Cast: Colin Farrell, Jamie Sives, Paz Vega, Kelly Reilly, Christopher Lee, Branko Djuric...

 

*Les + : Un récit bouleversant, pertinent, plein de justesse, parfaitement interprété et magnifiquement dirigé.

 

*Les - : Un manque "d'instantannés" peut-être pour ces "eyes of war", qui auraient peut-être renforcés l'obsession macabre des héros...

 

Eyes of War 

*Liens: Fiche Film Allociné

             Fiche film Cinétrafic

20081107 logo-BAC

*Crédits photo: © Bac Films

Publié dans Les T0pS

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