Appaloosa - Feelings get you killed

Publié le par Ashtray-girl

Critique du 18/10/2008

  appaloosa

Le western, généralement avec moi, ça le fait pas. Je ne saisi pas suffisament bien les codes de ce genre à part, le désert me ravit peu, les cow-boys crasseux non plus, encore moins quand ça tire dans tous les coins. Mais comme je ne suis pas sectaire, je me suis laissée tenter par Appaloosa, le second long-métrage dirigé par Ed Harris. Bien m'en a pris.

 

Appaloosa est une petite ville paumée du Nouveau-Mexique, vivant sous la coupe d'un hors-la-loi, Randall Bragg (Jeremy Irons), qui maintient la ville dans la peur et le conflit depuis qu'il a assassiné le précédent shériff et ses adjoints. Les membres du conseil municipal réclament donc l'aide du marshall Virgil Cole (Ed Harris) et de son adjoint, Everett Hitch (Viggo Mortensen), à qui ils confèrent les pleins pouvoirs pour rétablir l'ordre à Appaloosa. Les deux hommes, amis de longues date et compagnons de route, vont avoir maille à partir avec les hommes de Bragg, et bien plus encore avec une ravissante veuve débarquée de nulle part qui menace de troubler leur tandem: Allie French (Renée Zellweger)...

  

A priori, c'est le topo habituel: une bourgade perdue en plein désert, à la mercie du sable, des indiens, des bandits de grand chemin et peuplée d'hommes sans foi ni loi, réunis au saloon ou occupés à se défier dans le corral sous un soleil de plomb. Bref: l'après conquête de l'Ouest. Ici, l'anarchie imposée par un chef de gang est le prétexte à l'arrivée de deux redresseurs de torts aux méthodes à la fois réfléchies et expéditives, qui sillonnent le pays côte à côte depuis une quinzaine d'années, vivant de leur arme, et ce dans la plus parfaite légalité: la leur. Pour autant, ce ne sont pas des machines à tuer. Ils ne sont pas caractérisé par cette froideur qu'ont souvent les "exécuteurs légaux". Chez eux, il s'agit d'un idéal, faire appliquer la règle - et tant pis pour ceux qui ne suivent pas leur ligne de conduite - mais aussi et surtout d'un art de vivre: manier le colt sans être pour autant du mauvais côté de la barrière, tout en ayant pas à rendre des comptes. La question de "justice", effleurée plus que réellement abordée, est néanmoins présente tout au long du film, comme un questionnement sans réelle réponse. La loi est-elle du côté des puissants uniquement, est-elle affaire de charisme, de réputation, de relations haut placées? La loi est-elle la même pour tous ou accepte-t-elle que l'on déroge avec ses principes? Peut-on appliquer la loi au cas par cas, selon sa propre logique, sa propre morale? La justice a-t-elle ses limites, et dans ce cas, peut-on décider de faire justice soi-même? Si cet aspect de l'histoire est plusieurs fois mis en avant comme fil conducteur de l'intrigue de base, en total raccord avec les classiques du genre (les bons, les truands (très bon Jeremy Irons), la loi et l'ordre, la mortalité de rigueur qui va de pair avec l'ensemble), le fond du film se joue sur un autre plan...

 

Ed Harris Viggo Mortensen

 

...car Appaloosa parle d'amitié. Celle de deux hommes, unis par un lien tacite, indéfectible, partageant la même passion pour leur "art". Une amitié virile, basée sur une part de protectionnisme attentif, et sur des échanges complices, constamment en accord l'un avec l'autre, dans un rapport de force équilibré: l'un s'appuyant sur l'autre comme une béquille (le fait que Cole quémande sans cesse des mots à Hitch comme s'il était une encyclopédie vivante est particulièrement savoureuse), l'autre respectant son aîné comme une figure emblématique, un modèle, mais pas seulement. Complémentaires, indissociables, Virgil Cole et Everett Hitch incarnent deux frères d'armes aux personnalités sensiblement ressemblantes, mais pourtant fondamentalement différentes, unis par le même esprit d'analyse, ou une compréhension mutuelle, silencieuse, qui fait que chacun s'accomode de l'un comme de l'autre. Une tolérance absolue de ce qu'est l'autre, dans son entier. A ce petit jeu, Ed Harris et Viggo Mortensen sont incroyablement efficaces, et forment un duo plus vrai que nature, absolument inébranlable. Leur complicité nécéssaire au film devient l'écho d'une amitié sincère, qui transparaît à l'écran dans chaque plan partagé par les deux hommes. Leurs échanges, parfois à la limite de l'absurde, reflète une compréhension intime qui donne parfois la curieuse impression au spectateur d'arriver comme un cheveu sur la soupe au coeur de leur tandem. La majeure partie de leur jeu tient dans l'échange de regards lourds de sous-entendus et de clin d'oeil amusés. Cette relation est de celle qui ne se raconte pas, mais qui se ressent. Une histoire intense, paraissant aussi vieille et profonde que les racines d'un arbre centenaire. Il en émane une sérénité incomparable, illustrant une amitié basée sur l'introspection et la confiance. Harris tient là un rôle taillé sur mesure, faisant la part belle à son charisme jusqu'ici toujours exploité au second plan. Mortensen, lui, est juste magistral.

 

Renee Zellweger Jeremy Irons

 

On observera le renversement interessant de situation impliqué par le personnage de Renée Zellweger: la veuve à la moralité (et à la cuisse!) légère sème le doute dans l'esprit des loups solitaires et révèle une part (inhabituelle sans doute dans la plupart des westerns) cachée d'eux-mêmes: la fragilité, l'orgueil blessé, le besoin de tendresse, l'irrépressible envie de s'attacher, envers et contre tout. Du romantisme, en fin de compte. Tandis que la femme passe ici pour un être calculateur et matérialiste, l'homme aspire à quelque chose d'à la fois plus grand et plus simple: une quête de la vérité, dans les sentiments et dans les faits.

 

Au-delà de l'oeuvre un brin contemplative, lente, s'étirant d'un bord à l'autre de la toile dans des plans où ce qui est dit se dispute au non-dit, plus important que ce qui saute aux yeux, c'est un hommage au genre malmené du western, à ses codes, à son aridité et à son aspect impitoyable, qui traite du coeur des hommes, de ce qu'il en ressort, de bon comme de mauvais. C'est un hymne un brin mélancolique, ôde à un passé sulfureux jadis décliné à l'infini qui désormais sert de prétexte à de nouveaux road-movies où la violence appose sa marque. Harris célèbre un mode de vie, de pensée, et une idée de ce qu'est le western, en même temps qu'il conte la plus fantastique des aventures: l'aventure humaine. Si son propos manque parfois d'approfondissement, et si l'action semblera peut-être trop parcimonieuse à certains, l'essentiel demeure: le plaisir, intense, de goûter au Far West, dans ce qu'il a de plus racé. Un pari réussi.

 


 

*Indice de satisfaction: 3_etoiles.jpeg

 

*1h55 - américain - by Ed Harris - 2008

 

*Cast: Ed Harris, Viggo Mortensen, Jeremy Irons, Renee Zellweger...

 

appaloosa*Les + : Le duo d'acteurs qui en impose, le rythme plombant d'une balade à cheval dans le désert, la maîtrise du sujet.

 

 *Les - : La langueur et le manque inhabituel de fusillades pourraient en décevoir certains.

 

*Genre: Lonesome cowboys

 

*Lien: Fiche film Allocine

 

*Crédits photo © Metropolitan FilmExport

Publié dans Les T0pS

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Thomas Grascoeur 07/05/2010 08:57



Pas vu... mais je le regrette !



Anna 04/05/2010 16:02



J'avais beaucoup aimé ce film, le duo entre Mortensen et Harris fonctionne à merveille, si bien que dans un sens le film est un peu misogyne (en tout cas les personnages le sont^^). Mais j'adore
les histoires d'amitié virile et là on est vraiment servi! Il y a aussi un rythme particulier, ça prend son temps, je trouve cette langueur agréable. 3 étoiles pour moi aussi :D



Ashtray-girl 05/05/2010 01:19



Pourquoi je me casse à écrire une critique quand tu résumes si bien en 4 lignes? Bon sang, ça me dépasse... Mais je suis tellement d'accord avec
toi!